The Birth of a Nation : polémique, imparfait, mais indispensable ?

Movie Poster For 'The Birth Of A Nation'Pour saisir la pleine mesure du film de Nate Parker, il faut savoir ce qu’était le The Birth of A Nation de D.W. Griffith sorti en 1915, un film techniquement prodigieux mais écoeurant de racisme assumé qui fit exploser le Ku Klux Klan. En choisissant ce titre, l’ambition de Nate Parker était de laver le cinéma américain de la tâche laissée par ce film. Griffith associait la Naissance de l’Amérique à l’effacement de sa Noirceur, la désunion de celle-ci « aux Africains ». Parker a souhaité réécrire cette Naissance de la Nation en prenant comme élément fondateur la libération, l’affranchissement des Noirs Américains.

Suite à la polémique des #OscarsSoWhite et dans un contexte de tensions raciales exacerbées par d’innombrables bavures policières, The Birth of A Nation, projeté pour la première fois au festival Sundance en janvier 2016, avait suscité une attente immense, notamment dans la communauté Noire.

Ceux qui pensent aller voir un biopic sur Nathaniel Turner, car c’est la promesse initiale du film, doivent savoir que s’il est inspiré des Confessions de Nat Turner (témoignage depuis sa cellule à un avocat Blanc, médiateur biaisé car esclavagiste lui-même ndlr), ce film n’est pas une adaptation. Il s’en inspire autant qu’il s’en détache. Parker souhaitait rendre la voix de Turner, débarrassée de médiateur.

7Brillamment interprété par Nate Parker, Nat Turner est présent à quasiment chaque plan. Né en Afrique, il grandit puis travaille dès son plus jeune âge dans une plantation en Virginie, au service des Turner. Il a d’abord leur faveurs, la mère lui apprend même à lire la Bible, ce qui fera de lui le prêcheur des esclaves de sa plantation et des cantons alentour. La religion est aussi au cœur du film en ce qu’elle était utilisée pour prêcher la soumission aux esclaves.

L’accent est surtout mis sur l’horreur de l’esclavage, un système qui corrompt même les personnes les mieux intentionnées (ici Sam, le Maître de Nat et son « ami » d’enfance).  Il y a dans le traitement à l’écran une intertextualité avec les récits sur l’esclavage qui font autorité (cf Frederick Douglas). Certaines scènes inspirées de ces écrits sont devenues des tropes des films sur l’esclavage : scènes de fouet (très difficile à regarder), gavage (idem), différences de traitement entre certains esclaves, viols sur les femmes (ironiquement – contrairement aux scènes de violence très crues et explicites – avec un refus du voyeurisme).  Le personnage de Nat Turner, qui s’insurge contre cette barbarie grâce à sa relecture éclairée de la Bible, est héroïsé, presque béatifié : c’est un homme de Dieu, lettré, un mari aimant et un père attentionné.5

Tout dans le schéma narratif est fait pour justifier l’insurrection, la rendre compréhensible, indiscutable et acceptable. Elle est cependant élusive. Nate Parker choisit de faire l’ellipse sur les massacres perpétrés sur des femmes et des enfants, symboles de l’innocence, pour que ces violences esthétisées, cathartiques, filmées avec jubilation, soient proportionnellement moins importantes que celles commises sur les Noirs.

On comprend que Nate Parker a l’ambition de faire un film grand public qui permettra aux spectateurs, pour la plupart non-informés sur cette période de l’Histoire, de faire des projections sur un contexte d’injustices qui perdurent aujourd’hui encore. Il y a en effet un jeu d’anachronisme : The Birth of A Nation est conçu dans et pour « le temps d’après », le nôtre, pour des gens qui connaissent la suite des événements : l’abolition de l’esclavage, les mouvements pour les droits civiques, Obama, Black Lives Matter…

La controverse autour du réalisateur est cependant particulièrement pertinente car au cœur du film et de l’insurrection se trouve la question du traitement des femmes. Plus encore que la religion, ce sont les violences, notamment sexuelles, subies par son épouse et une autre femme esclave (rôle muet sic!), qui motivent la révolte chez Turner.  Elles sont sans défense et il se bat en leur nom. Cela rend donc la polémique tristement ironique et se rejouent aujourd’hui des conflits, récurrents depuis les années 60, entre l’émancipation des Noirs et celle des femmes.

L’insurrection menée par Turner avait permis d’ouvrir des débats sur le danger de l’esclavage. Birth de Nate Parker, outre ses qualités cinématographiques, est passionnant pour les questions qu’il pose à ses contemporains et les réactions politiques qu’il souhaite susciter. Il pose entre autres les questions de l’empathie, du devoir de mémoire et du rôle des citoyens dans le combat contre les injustices.

 

By Vivianah Simon

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