« Le Vent se lève », une ode à l’antimilitarisme

le-vent-se-lève1« Le vent se lève », film d’animation japonais sorti dans les salles françaises en janvier 2014, couronne la longue carrière du dessinateur nippon, Hayao Miyazaki. Entre fiction et réalité, « Le Vent se lève » est un touchant biopic sur la vie de l’ingénieur Jiro Horikoshi, extrêmement célèbre pour avoir mis au point le redoutable Mitsubishi A6M Zero, chasseur-bombardier qui a causé de nombreuses victimes dans les camps des soldats Alliés. Dès les premières minutes du film, le spectateur reconnait immédiatement le trait subtil du maître Miyazaki, lorsqu’il aperçoit le jeune garçon flotter au sein d’un décor bienveillant et champêtre aux angles rebondis.  Cependant la subtile esthétique que l’on retrouve également dans les films tels que Princesse Mononoké, Le château dans le ciel etc., n’empêche pas ce long-métrage de s’affirmer comme une œuvre plus réaliste, illustrant la folle course à l’innovation des années 1920-30. En ayant alimenté son œuvre de plusieurs codes et symboles, il nous propose un véritable conte pacifiste.

Le titre du film, « Kaze Tachinu » en japonais, est tiré du poème Le cimetière marin par Paul Valéry, publié en 1920. Au moment où le vent pousse les deux amoureux à se rencontrer, la jeune fille aux cheveux épais s’exclame : « Le vent se lève… Il faut essayer de vivre ! ». Cette citation, prononcée  avec un accent maladroit cristallise la forte influence culturelle que la France exerce au pays du soleil levant.  Les arts français n’ont pas encore perdus leurs lettres de noblesse auprès des japonais. Mais en ayant choisi un auteur comme Paul Valéry, il affirme surtout son discours antimilitariste. Sous l’Occupation, Paul Valéry refusa de collaborer; il prononça en sa qualité de secrétaire de l’Académie française l’éloge funèbre du « juif Henri Bergson ». Cette prise de position lui valut de perdre son poste d’administrateur du Centre universitaire de Nice. Il est aujourd’hui un symbole de la résistance française. Toujours dans cette même verve pacifiste, Hayao Miyazaki choisit de représenter les bombes par des êtres surnaturels à l’apparence noirâtre, qui rappellent les créatures chimériques présentes dans le Voyage de Chihiro. Elles renvoient directement à la chair carbonisée des soldats sur les champs de bataille et restituent avec force l’esprit torturé de Jiro Horikoshi face à son implication dans la seconde guerre mondiale.

Si Hayao Miyazaki est reconnu comme le maître incontesté de l’animation japonaise, son dernier film a tout de même suscité de vives critiques. Rejeté pour ses valeurs antimilitaristes, le film a été désigné par beaucoup comme antipatriotique. A l’échelle internationale, véritable ironie du sort, il a été pointé du doigt par la population chinoise et coréenne comme étant un film militariste, irrespectueux envers les victimes de la seconde guerre mondiale.  Le choix du réalisateur peut s’expliquer facilement : en ayant choisi de dépeindre les difficultés économiques de l’entre-deux guerres, Hayao Miyazaki  a su faire résonner le Japon de 1920 avec celui d’aujourd’hui, qui a dernièrement dû faire face à un accident nucléaire  et une forte déflation économique. Hayao Miyazaki a représenté ce qu’il considérait comme les forces et les faiblesses (intemporelles ?) nippones. Un pays porté par un puissant désir d’innovation au sein d’une bataille économique austère.

The Wind Rises, last movie of Hayao Miyazaki, depicts Jiro Horikoshi’s life and his will for aeronautics innovation in the 1920-30’s. Even though the movie has been criticized for being awfully patriotic or militarist –depending on the viewer- Hayao Miyazaki has managed to build a true pacifist discourse thanks to several symbols and codes dispersed throughout the movie. This animated film offers Miyaziki’s view on the timeless strength and weakness of Japan in an economic depression. 

Par Alizée Guarino

Photo crédit: Versatile-mag

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