Le Quai sensible

GUILHEM

À l’occasion d’une visite au musée du quai Branly, Cécile Renault, adjointe à la direction du développement culturel du musée, a abordé avec nous les difficultés rencontrées dans la présentation de certains sujets au travers de différentes expositions présentées au cours de ces dernières années.

Le musée, qui n’a pas à rougir de ses chiffres de fréquentation, accueille un public qui est souvent friand de sensations : « l’horrible » fascine. L’exposition Exhibitions qui présentait des restes humains allait tout à fait dans ce sens. Pour se défendre d’avoir fait du « gratuitement choquant », Cécile Renault nous explique que le musée a pris soin de mettre en place des vidéos et une scénographie pour mettre en contexte les restes exposés. Alors que le titre était assez évocateur, le musée rejetait toute idée de voyeurisme et insistait sur l’importance scientifique de cette exposition. Organisée en collaboration avec une association antiracisme dirigée par Lilian Thuram, cette exposition avait pour but d’interroger le regard que l’on porte sur l’autre, en offrant un recul nécessaire au travers d’une scénographie réfléchie dans ce sens. Dans ce genre d’exposition, le contexte juridique doit être étudié en amont et le musée, quant à lui, doit s’aligner sur les lois en vigueur. Cette discussion nous a ainsi permis d’aborder la question de la restitution des œuvres, sujet plutôt mal connu du grand public.

En effet, les « démarches » d’acquisition des œuvres n’étant pas toujours claires (dans le contexte colonial passé), il faut savoir comment procéder au cas par cas pour les expositions, en sachant également qu’un bien entré dans une collection est un bien inaliénable. Il y a de cela 6 mois par exemple, ont dû être restituées des têtes Maori lors d’une cérémonie rituelle organisée spécialement pour l’occasion. Car pour certaines cultures, certains objets sont toujours vivants.

Certains objets peuvent aussi être « effrayants » : au cours de l’exposition Our body, À corps ouvert, une vidéo montrait un rituel de passage à l’âge adulte où un jeune homme se faisait taillader le corps par son aîné. Jugeant sa diffusion nécessaire pour la compréhension de certains objets présentés dans le même contexte, des mentions ont été affichées avant les vidéos sensibles afin que le public soit informé de ce qu’il regarde. Pour montrer sans exhiber, le musée tient à rendre compte des enjeux interprétatifs et à aider à la compréhension : leur but n’étant pas de désigner pour exclure. Certaines expositions sont conçues par les acteurs des cultures exposées (les Maoris ont travaillé sur D’un regard à l’autre, et les Kanaks feront de même sur un projet à venir). Un effet de miroir permet de voir, de se voir, et de rapprocher les cultures.

Les scénographies sont souvent travaillées dans ce sens, et garantissent une expérience unique à chaque exposition. Les architectes Jakob et Macfarlane ont travaillé plusieurs fois avec le musée, en jouant sur le miroir, mais aussi sur la pénombre, déjà bien présente dans les collections. Le bâtiment construit par Jean Nouvel instaurait déjà une atmosphère particulière, dans laquelle l’ombre et les méandres (de la « rivière » – le circuit de la visite) donnaient un sentiment mystérieux, presque magique parfois, et entendait casser la présentation stéréotypée des musées ethnographiques. La plupart d’entre eux, construits durant la période coloniale, maintenaient des sous-entendus racistes dont le musée du Quai Branly tente de s’écarter par sa façon d’exposer. Mais cet aspect « magique » pourrait bien, au contraire, renforcer les clichés dans notre perception de ces anciennes colonies, comme bloquées dans le temps, à l’écart de notre civilisation. Et cette tentative d’échapper aux codes de l’exposition coloniale nous ramène parfois à une époque où chacun était fasciné par les cannibales, les totems et les danses en jupe de palmier autour du feu… C’est une mission difficile de montrer de l’art colonial, un paradoxe sujet à de nombreux débats, et surtout, on le comprend, un défi permanent pour les équipes des musées qui tentent de relever celui-ci sans soulever trop de polémique.

Cécile Renault, communications director of the Quai Branly museum, discussed the delicate work of presenting African, Asian, and Oceanique art to an Occidental audience. Ms. Renault illuminated the museum’s approach to the numerous legal, ethical, and logistical challenges that it consistently confronts.

Par Guilhem Monceau
Source photo :  Elise

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