Objet trouvé : Linder @ MAM

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« Je me suis toujours traitée comme un objet trouvé », voilà comment se définit Linda Mulvey. Petit tour d’horizon de son œuvre (1976 – 2012) à l’occasion de l’expo « Femme/Objet » au Musée d’Art Moderne de Paris.

Pour cette première rétrospective consacrée à l’artiste britannique, c’est d’abord face à un mur géant de photos en noir et blanc que l’on se trouve. Signe distinctif : le motif répété à l’infini d’une femme dont on ne regarde même plus le visage. Seule sa bouche aux lèvres d’un rouge écarlate, immense, difforme, provoque l’œil du visiteur.

Nom d’artiste : Linder Sterling ou Linder tout court d’ailleurs. Un nom sans genre, masculin/féminin, avec la volonté de dépasser la binarité usuelle et, un peu plus loin, des lettres en néon pour illuminer ce parti-pris : « Anatomy is not destiny ». L’exposition détaille ce discours : avec près de deux cent photographies, photomontages, boîtes lumineuses, œuvres sur papier, costumes, vidéos, son et performances, l’artiste fait dans la diversité.

Pour autant, dans ce flot de productions plutôt radicales, la pratique du montage-photo reste sa constante artistique. Un procédé qui permet à Linder de représenter au mieux sa vision : « Les collages sont un excellent moyen de déconstruire la manière dont d’autres nous imposent leur vision du monde », écrit-elle. Là aussi, c’est le mélange des genres qui paraît être son leitmotiv. Un métissage engagé : elle prélève des images aussi bien dans les magazines érotiques que dans les revues automobiles, culturelles ou culinaires pour dénoncer les violences physiques et symboliques infligées à cette femme qui se devrait d’être idéale.

« J’ai toujours aimé les magazines, j’en avais deux piles distinctes, l’une constituée de magazines féminins : mode, romance… L’autre pile était constituée de magazines pour hommes : automobile, bricolage, pornographie. Je voulais les faire s’accoupler afin de voir quelle espèce en naîtrait. Je travaillais toujours sur une plaque de verre, au scalpel, très proprement, comme si je faisais un puzzle. »

Son scalpel pour bistouri chirurgical, elle juxtapose donc fleurs et porno, photos de danse et montagne de choux à la crème dégoulinants et décrit l’aliénation imposée par la consommation de masse. Un gant Mappa sur la bouche et un four en guise de vagin, le corps est devenu objet.

Issue de la scène post-punk de Manchester, proche de Morrissey, on comprend mieux ses choix parfois à la limite de l’inesthétique. L’important n’est pas de faire du beau (concept mythologique s’il en est) mais de l’efficace, du brut. Repenser l’œuvre dans son contexte, celui d’un art féministe qui a émergé dès la fin des années 1950, c’est appréhender un peu mieux l’ensemble de son travail et comprendre que la dérision et l’excès sont ses armes les plus déconcertantes.

Cris gutturaux, salle sombre, autre show : celui d’un concert de son ancien groupe de musique Ludus. On se souvient qu’en 2010, l’apparition de Lady Gaga dans sa robe en steaks avait été l’évènement des MTV Awards : tout le monde a crié au génie ou à la maîtrise parfaite de la provocation médiatique. Pourtant, le 5 novembre 1982, c’est bien Linder la première qui apparaissait sur la scène d’un club de Manchester, vêtue d’une robe faite de viande crue récupérée dans les poubelles d’un restaurant chinois, arborant un gode ceinture noir XXL, dans une salle dont les murs avaient été tapissés de tampons trempés dans de l’encre rouge. Lady Gaga : mignon petit chaton.

À mesure que la visite avance, son œuvre récente se radicalise, abordant de plus en plus frontalement la pornographie et déclinant ses juxtapositions absurdes jusqu’à l’écœurement. Jusqu’à ces photographies de femmes recouvertes de peinture dégoulinantes, leur corps enduit d’une matière gluante, caché sous une tonne de make-up. L’utilisation de panneaux rétro-éclairés grands formats accentue l’aspect publicitaire de ces images et interroge avec d’autant plus de force la logique commerciale. Tant et si bien que les murs en latex brillant (pas toucher, on se fait gronder), pourtant un must du BDSM, rendent la salle suivante (la dernière) bien plus douce que toutes ces créatures pop mais monstrueuses que l’on vient de voir.

Voilà pour l’aperçu de ce que vous réserve Linder. Avertissement du MAM : l’exposition « Femme/Objet » comporte des images « susceptibles de heurter la sensibilité d’un public non averti ». C’est vrai, ça pourrait choquer de comprendre que les femmes ont plus qu’une paire de lèvres.

Born Linda Mulvey in 1954, Linder is a radical feminist and a well-known figure of the Manchester punk and post-punk scene. She creates montages, which often combined images taken from pornographic magazines with images from women’s fashion and domestic magazines, making a point about the cultural expectations of women and the treatment of female body as a commodity. Her exhibition at the MAM: a true object of desire.

Par Elise Labernède
Source de l’image : Elise Labernède

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