Printemps brisé

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Difficile de passer à côté de la campagne de Spring Breakers, le dernier film d’Harmony Korine : quatre nymphettes fluorescentes qui ont envahi les couloirs du métro parisien au début de l’année. Si elles sont inconnues pour un grand nombre d’usagers, les plus jeunes auront reconnu leurs idoles Disney qui semblent affronter la puberté sans trop de complexes. Au vu de ces affiches racoleuses, on pourrait penser que le film est un énième American Pie où Selena Gomez et Vanessa Hudgens (deux des idoles susmentionnées) se font un malin plaisir de souiller leur début de carrière en tendant un grand doigt à Mickey Mouse, les doigts de pieds en éventail au bord d’une piscine remplie de vodka et de jeunes hommes en rut.

Pourtant Harmony Korine est aux antipodes du cinéma de masse : il est plus connu dans le monde du cinéma underground pour ses films tordus où la poésie flirte avec la crasse. Gummo par exemple était un condensé de bouseux magnifiques, rescapés de ces tornades qui frappent constamment le milieu des États-Unis ; on y croisait deux gamins qui tuaient des chats pour se faire de l’argent de poche, une famille éméchée qui se livrait à un violent combat contre une chaise ou encore Chloë Sevigny, sans sourcils, qui sautillait sur un lit, les tétons recouverts de bande adhésive. Dans Trash Humpers, Korine mettait en scène trois personnages masqués : trois vieux dégueulasses qui copulaient avec des poubelles. Quand ils n’étaient pas occupés avec des ordures, il leur arrivait de tuer un clochard travesti ou d’encourager un enfant à détruire une poupée à coups de marteau… L’image est sale, la violence presque gratuite… On s’imagine mal regarder ces films en famille. D’ailleurs, on aurait du mal puisqu’ils ne sont pas grand public, donc pas exploités comme des grosses productions hollywoodiennes.

Alors comment se fait-il que Spring Breakers remporte autant d’attention médiatique quand tous les autres films de Korine sont sortis si discrètement ? Probablement pour tromper son monde en beauté : en sortant de la salle de projection, la majorité du public (des jeunes) n’a pas aimé. « Je croyais que ça allait être chan-mé, mais franchement c’était trop naze ! ». Cette adolescente déçue exprimait tout haut ce qu’une bonne partie des spectateurs pensait tout bas. Car Spring Breakers reste un film d’Harmony Korine : il faut surtout ne s’attendre à rien pour pouvoir en sortir comblé. « Des fois, l’image était chelou ! », peste une autre fille plus loin. En effet, certains plans sont tournés en Super8 et même les plans haute définition paraissent surréalistes (et fluo).

Et puis James Franco joue du Britney Spears avec ses groupies encagoulées après que celles-ci lui ont enfoncé des revolvers au fond de la gorge dans une scène qui ferait passer Brown Bunny pour un film Disney. Exit le spring-break et bonjour les guerres de gang : les filles faciles laissent place au prostituées, les scooters aux Lamborghinis et les sorbets aux fusils d’assaut. On retrouve le réalisateur et son univers poisseux qui se cachait derrière le rose d’un bikini.

La promotion du film reposait sur une recette vouée au succès : pervertir des fillettes dans un agrégat de drogues et de sexe, histoire de souffler un peu après les examens. Korine a utilisé tout ce qu’il y a de plus racoleur dans la publicité contemporaine et l’a calqué sur ses affiches. Évidemment, la salle était pleine pendant la projection puisque cette campagne avait intrigué tout le monde. C’est aussi dangereux qu’un chocolat à la liqueur (quand on aime pas la liqueur) : l’emballage est toujours séduisant, mais on risque fort de recracher le chocolat plein de bave dans son papier. Spring Breakers ressort gagnant de ce calcul : bon film (oui !) ou non, il a su donner envie d’aller en juger par soi-même.

Judging from the poster campaign that everyone saw in the metro this winter, Harmony Korine’s Spring Breakers looks like just another teen movie. However, this director is famous for his underground (hard to watch) movies that don’t tend to receive much publicity or popular acclaim, and this movie is no exception. Even if people hated this film, Korine has now earned recognition in the mainstream movie industry.

En bonus : une parodie de Spring Breakers avec de vraies princesses Disney (ici pour la vidéo) !

Par Guilhem Monceaux
Source de l’image : Muse Productions

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