Promenons-nous dans le 13e

Street-art
Épisode 1 : Trait de génie

Arrêt de métro Bibliothèque François Mitterrand, sortie n°1 : rue du Chevaleret. Impossible de le manquer, il nous saute aux yeux : « DEGAGE… ». Je suis d’abord un peu offensée par la violence que cette vision dégage, justement. Puis vient une sorte de curiosité face à cette simplicité extravagante. Pourquoi, par qui ? Cette fresque du 81 rue du Chevaleret est une œuvre de Rero, un artiste français qui se fait connaître depuis quelques années dans le milieu du Street Art.

Sa spécialité, c’est la typographie ; qu’elle soit graphée, sculptée ou disposée en installation. Rero investit des lieux désaffectés ou abandonnés pour y inscrire son message. Un concept simple mais réfléchi : il utilise la police de caractère Verdana, la plus utilisée sur le web. Elle est neutre, universelle et crée un écho entre le monde réel et le monde virtuel. Très concerné par les enjeux de notre époque, ses messages font souvent référence à l’actualité ou aux problèmes de société. Pourquoi, alors, barre-t-il les mots ? Jean-Michel Basquiat disait : « je biffe les mots pour que vous les voyez mieux. Le fait qu’ils sont à demi effacés vous donne envie de les lire. » Le trait qu’ajoute Rero à ses mots attire le regard et pousse les passant à réfléchir sur ce parti pris. Cette rature est en fait sa signature, qui donne aux lettres « virtuelles » un aspect plus humain. Ici comme pour l’écriture manuscrite, l’erreur (humaine) est montrée délibérément.

WYSIWYG « What you see is what you get » : Rero détourne ce postulat et développe son propre concept de « négation de l’image », une approche très minimaliste qui répond à l’overdose d’images dont nous sommes victimes dans le milieu urbain. Un simple mot barré ou une phrase raturée peuvent pourtant être porteur de valeurs et de sens. Des recherches plus approfondies m’amènent à une découverte surprenante : l’œuvre « DEGAGE… » ne s’adresse pas aux pauvres voyageurs sortis du métro. Ce n’est pas non plus un message de haine ou un concept absurde, mais un message politique : Rero l’a crée en 2011 en hommage aux jeunes tunisiens rassemblés par milliers à Tunis pour scander ce fameux « dégage » à l’intention du dictateur Ben Ali. L’œuvre prend alors une toute autre dimension. Cette vidéo montre la création de l’œuvre « DEGAGE… » avec une bande-son extraite de la manifestation tunisienne. Émotion.

Le street artiste connait un succès grandissant : il y a tout juste quelques mois, il était à Los Angeles pour le vernissage de sa toute première expo solo aux USA. Quant a l’immeuble de la rue du Chevaleret, il sera bientôt détruit… Voilà une occasion d’aller se promener dans le 13ème.

One word evokes many emotions: that is the effect of « DEGAGE… », a work by Rero, a French street artist who invaded la rue du Chevaleret in the Paris’ 13th. He uses typography to convey ideas and is meeting with international success. His most recent exhibition is currently on display in Los Angeles.

Par Jeanne Klein
Source de l’image : Reroart

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